Discours du président 13 novembre 2018

Commémorations 13 novembre 2018

Nos revendications en quatre points

  • Améliorer le dispositif de secours et de prise en charge immédiate des victimes
  • Améliorer le dispositif d’identification des victimes et d’information des proches
  • Simplifier le parcours de prise en charge et faciliter l’information des victimes et de leurs proches
  • Améliorer les prises en charge des victimes et de leurs proches

13onze15 était présent auprès de LFP sur le parvis de la Mairie du 11ème arrondissement lors de la commémoration des attentats du 13 novembre. En cette occasion, Ph Duperron, notre président  a prononcé ce discours :

Madame la Maire de Paris, Monsieur le maire de Londres, Mesdames, Messieurs les élus, Chers amis,

TROIS ANS !

Oui, c’est la troisième année que nous nous réunissons pour commémorer cette terrible nuit du 13 novembre 2015 au cours de laquelle nous avons perdu un enfant, un mari, un compagnon, un père, cette terrible nuit où, sur une terrasse, dans la salle, nous avons subi un choc qui laisse en nous une trace indélébile.

Pour nombre d’entre nous, point besoin de commémoration tant le souvenir est en nous, tapi, d’un sommeil trop léger, qu’une image, une musique, un lieu suffit à réveiller et la douleur est immense et la tristesse infinie.

C’est alors la mémoire de chacun d’entre nous qui est appelée, il ne s’agit pas ici de « devoir de mémoire ». Et pourtant ce devoir il existe et c’est la raison de l’importance que nous attachons à la présence de la représentation nationale, au sens le plus large de cette représentation, et c’est aussi la raison de l’importance qu’accorde la représentation nationale à sa présence ici aujourd’hui. Merci Monsieur le Premier ministre d’avoir suivi le parcours des attentats ce matin et nous regrettons votre absence ici et maintenant.

Et merci aussi, Madame la Maire de Paris, pour votre soutien indéfectible aux victimes et à nos deux associations, merci pour l’organisation de cette cérémonie. 

Merci Monsieur le Maire de Londres pour votre présence qui témoigne de la solidarité entre les communautés qui ont subi ces outrages.

La mémoire doit trouver sa « juste place ». Aucun doute que les attaques barbares qui ont marqué cette horrible nuit sont inscrites dans l’histoire et qu’il importe de trouver la bonne méthode, la bonne voie pour qu’il reste quelque chose dans la mémoire de nos petits-enfants et dans celle des enfants de leurs enfants. 

Une plaque dans un square, une plaque devant un stade, une terrasse de café ou dans une rue, qui portent ensemble les noms des 130 personnes assassinées n’y suffit pas. Les survivants sont alors oubliés.

Que restera-t-il de ces évènements dans l’esprit de générations qui ne les auront pas vécus ?

« Penser aux morts c’est assurer la survie des gens qu’on a aimés en attendant que les autres le fassent pour vous. C’est un devoir de mémoire » écrit François Mitterrand.

Alors, oui, un travail s’impose, un travail déjà en cours sur plusieurs plans.

Le comité mémoriel voulu par le Président de la République a rendu un rapport qui compte 14 propositions qui toutes doivent contribuer à la mise en œuvre de ce « devoir de mémoire ».

Et, comme nous avons été entendus et, de la sorte associés, au travail d’élaboration, nous souhaitons de la même manière être associés à la mise en œuvre de ce rapport. Ainsi nous souhaitons que puisse être installé un comité de suivi de ces propositions qui permette d’accompagner et de constater le franchissement des étapes.

Mais c’est aussi le programme de recherches que conduisent Denis Peschanski et Francis Eustache qui apporte une contribution essentielle à ce travail de mémoire. Et, là encore, notre apport à nous, victimes, est déterminant puisqu’il constitue la matière même des travaux. Denis Peschanski nous dit que « les victimes vivent une double peine lorsque leurs souffrances s’effacent du souvenir commun ». Il constate qu’aujourd’hui les attentats du 13 novembre sont ceux qui ont le plus marqué la mémoire collective, mais demain ?

Oui, on est en droit de se demander ce qu’il restera du passé dans une société où l’immédiateté est la règle et où certains voudraient écrire l’histoire en 280 caractères…

Mais s’il nous faut nous souvenir de cette terrible nuit, comme il y a deux jours nous nous souvenions de la fin de nos aïeux de 1918, c’est parce qu’il doit s’inscrire dans l’histoire que c’est un mode de vie, que c’est une culture qui étaient la cible des terroristes. Nul ne doit oublier ni la cause ni les effets, avec l’espoir que cela contribue à empêcher que ces mêmes faits ne se reproduisent. 

Nous sommes ici ensemble pour nous souvenir.

Ensemble, et je tiens à remercier Life For Paris et tout particulièrement son Président Arthur DENOUVEAUX pour avoir fait que les adhérents des deux associations de victimes du 13 novembre puissent être présents, ce jour, aux côtés les uns des autres, tous victimes au même titre, les parents, les amis, les proches des victimes décédées et les vivants. 

Ce projet de manifestation commune nous l’avons souhaité, Arthur et moi, dès que nous avons pris nos fonctions, tous les deux en 2017.

Nos associations ne se confondent pas, chacune trace sa voie mais nous poursuivons le même but, celui de la défense des intérêts de nos adhérents, tous traumatisés à des titres et à des degrés différents mais tous profondément meurtris. 

Nos prises de positions peuvent diverger sur certains sujets mais s’il est un combat que nous menons avec la même vigueur et main dans la main, c’est le combat contre toute forme d’instrumentalisation des victimes des attentats du 13 novembre, toute forme d’utilisation abusive d’images à des fins politiciennes, toute forme d’exploitation dont l’effet recherché n’est que d’attiser haines et passions.

Si, sous cette réserve, nous n’avons pas à combattre parce que nous ne sommes pas attaqués, il nous appartient de montrer, de démontrer, d’argumenter, de convaincre nos interlocuteurs, – la Délégation Interministérielle à l’Aide Aux Victimes, le Fonds de Garantie, et bien d’autres, – que nos attentes, que nos demandes sont fondées, qu’elles sont légitimes. Oui, la demande de la prise en charge au titre des indemnités journalières par l’assurance maladie au-delà de trois ans est légitime, oui, la demande de suppression de la condition de communauté de vie pour l’indemnisation au titre du préjudice d’attente des proches est légitime.

Mais cette tribune n’est pas le lieu de la revendication.

Nous sommes ici ensemble pour nous souvenir,

Pour nous souvenir, mais aussi pour entendre des morceaux de musique, cette musique qui symbolise le choix de vie et la raison des attaques, la musique qui symbolise la volonté de vivre, le futur porteur d’espoir.

Nous nous sommes accordés pour que chacune de nos deux associations choisisse un (ou deux) morceaux de musique.

Nous aurions pu tout aussi bien choisir une chanson d’Éric CLAPTON d’abord parce que c’est un artiste que j’affectionne tout particulièrement mais aussi parce qu’il a, lui aussi, vécu l’immense douleur de la perte de son fils dans des conditions certes très différentes puisque Conor est tombé du 53ème étage d’un immeuble à New York en 1991, alors âgé de 4 ans.

A cette perte il a dédié l’un des morceaux de son très bel album « UNPLUGGED », ce morceau intitulé « TEARS IN HEAVEN » où il dit « I MUST BE STRONG AND CARRY ON »

Ce sera ma conclusion, ces paroles sont notre lot à tous, trois ans après, nous sommes debout, meurtris, mais debout et nous avançons sur le chemin de notre résilience. Il y a un avant et rien ne sera jamais plus comme avant mais il y a un après.

Alors, nous devons tous ETRE FORTS et CONTINUER D’AVANCER.

Je vous remercie.

lien YouTube : https://youtu.be/CC_tvD_ulWM

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